Lysiane Panighini Praticienne Narrative

Croyances limitantes

11 mai 2014

Croyances limitantes

L'influence de nos croyances dans nos vies

Sur les conseils de son médecin traitant, Coraline* vient me voir car elle est atteinte de fortes crises d'angoisse de plus en plus invalidantes.
Coraline a 30 ans et me raconte son histoire.

Apres une enfance plutôt stable, un terrible accident de voiture, au cours duquel son frère trouve la mort, fait exploser sa vie d'adolescente.
À partir de là plus rien ne va dans sa vie. Coraline fugue plusieurs fois, s'entoure de jeunes adultes en perdition, pour un jour quitter définitivement le domicile familial et s'installer dans un squat. Le descente aux enfers commence. Drogues, alcool, prostitution...

J'écoute Coraline et je m'interroge, car en effet, j'ai devant moi une jeune femme qui ne correspond en rien à la description qu'elle me fait d'elle. 
Posée, bien maquillée, habillée de manière plutôt classique, je me dis d'emblée qu'elle s'est sortie de cette situation.
La suite de son histoire me le confirme.
Une bonne rencontre au bon moment, accompagnée d'un formidable élan vital, elle se construit une autre vie.
Aujourd'hui elle vit en couple, a un travail, et espère avoir un enfant un jour.
Sauf que... Coraline a des crises d'angoisse qui la terrassent toujours plus de jour en jour.
Pour quelles raisons les crises ont surgi dans cette période de vie, laquelle est plus calme, plus équilibrée, voir plus sécure?

Les croyances de Coraline.

Lors de nos conversations, Coraline me dit  que lorsqu'elle a rencontré son compagnon d'aujourd'hui, une petite voix intérieure lui dit rapidement : "c'est trop beau pour être vrai, cela ne va pas durer".
Puis lorsque lorsque les crises apparaissent, la même petite voix lui dit que tout ce qui lui arrive est normal, qu'elle ne fait que "payer" les erreurs qu'elle a commise, le mal qu'elle a fait à ses parents etc...

Lorsque la 1ère croyance selon laquelle le "cela ne va pas durer" s'est imposée à Coraline, la 1ère crise d'angoisse est venue la confirmer.
En outre, les croyances selon lesquelles "il faille payer les erreurs commises", n'ont fait que renforcer les crises. 
Ensuite, le système infernal s'est entretenu de lui même.

Nos croyances font ce que nous sommes.

Nos croyances sont des croyances et non des vérités.
Lorsque Mohamed se voit comme une garçon manquant de courage et de confiance en soi, il va s'attacher à toutes les situations corroborant cette croyance, et de cette façon va devenir  son " histoire dominante".
Pourtant cette croyance n'est pas venue du ciel. Elle s'est construite dans un certain contexte, social, culturel, familial. 

Par exemple, un jour peut-être, une bagarre d'enfants a éclaté dans le préau de l'école, au cours de laquelle il n'aurait pas osé se défendre...
Ensuite ses frères ce sont moqués de lui, en le traitant de mauviette. Alors, cette histoire s'est racontée dans la famille, étoffée d'histoires grossies par l'imaginaire, où il est question du manque de courage de Mohamed.
Par la suite, sans doute a t-il lu dans quelques livres, qu'une telle attitude dans telles circonstances correspond à un manque de confiance en soi. 
Peut être même a-t-il a vu quelques reportages sur la question.
Tous ces éléments participent à la co-construction "du manque de confiance" en soi de Mohamed.
En revanche, tout le monde a oublié (y compris lui) le soir où il a défendu une jeune fille agressée dans le metro, et le jour où il a réussi son entretien d'embauche. 

 Cela veut dire que l'histoire dominante, " le manque de confiance en soi" prend toutela place dans la vie de Mohamed, au point d'en oublier les histoires riches de son vrai potentiel.

 Déconstruction de croyances limitantes.

Coraline et Mohamed, ont les mêmes croyances limitantes.

Le "c'est trop beau ça ne va pas durer", le "c'est normal je dois payer mes erreurs commises" de Coraline ou le "manque de confiance" en soi de Mohammed ne sont bien évidement pas des vérités. 

Ces croyances ont des origines socio-culturelles, et le travail va consister à chercher d'où elles viennent, depuis quand, comment sont-elles venues jusqu'à eux, qui participerait à la propagation de ce genre d'idées, sont- ils en accord avec toutes ces idées, pourquoi ? etc etc..

La déconstruction consiste en un travail d'investigation, remettant en cause les fondements même des croyances afin de ne plus les considérer comme des vérités agissantes, et contre lesquelles nous n'aurions aucun pouvoir.
De fait, elle perdent de leur intensité et de leurs influences, pour laisser la place à des histoires oubliées ou mises de côté.

Changement de regard et de point de vue.

Lorsque des croyances limitantes envahissent nos vies, curieusement nous retenonstout ce qui les valide.
Pourtant dans chacune de nos existences, il y a des histoires "alternatives" venant les contredire.
Le fait de les mettre au jour, pour ensuite les "épaissir", c'est-à-dire leur donner à la fois la consistance et la place qui leurs reviennent, permet une changement de regard sur sa vie et ses fragilités.

Se rendre compte qu'au moins une fois, nous avons été capable de vaincre la peur du vide, qu'au moins une fois, nous avons été capable de gérer nos émotions, met en évidence que cela est possible, que nous en avons les capacités, et que cela peut être reproduit.

Devenir que l'on est.

Le travail de thérapie tel que je le vois et le pratique aujourd'hui, (pratique narrative) ne consiste pas à voir "le" problème", car généralement celui là est vu et "trop vu" au pointqu'il en obscurci ce qui vient le contredire.

Non. 

Il consiste à aider la personne à découvrir ses vraies capacités, ses forces, et les valeurs qui les sous tendent. 
Il consiste à voir comment et pourquoi, un instant,  l'histoire alternative c'est mise en place: avec quels outils, quelles personnes, dans quelles circonstances, mettant ainsi en conscience, une possible reproduction de l'action. 

Car mon postula (et non ma croyance) est que tout individu est beaucoup moins fragile et insuffisant qu'il ne le "croit" et que l'on veut bien lui faire "croire"!


Qui sommes nous ? Vivre est mauvais pour la santé