Lysiane Panighini Praticienne Narrative

On m'appelle Boulimique !

11 mai 2014

On m'appelle Boulimique !

Identité ? Boulimique… Ah oui ? et puis quoi encore ???

 

 Un des fondements de ma pratique thérapeutique, c'est de considérer que "la personne est la personne, que le problème est le problème et que la personne n'est pas le problème."

En pratique et pour faire court, c'est aider à ce que la personne se sépare du problème et ne s'identifie plus a lui.

Lors de ces conversations que nous appelons externalisantes, la personne apprend à vivre détachée du problème, lequel n'étant plus la représentation de son identité ou une quelconque vérité sur elle même.

A partir de là, les capacités et compétences sont plus à même d'émerger. Elles gagnent en visibilité et la personne peut ainsi en disposer plus facilement pour lutter contre le problème.

 Le langage qui tire vers le bas.
Malheureusement, au quotidien, le port d'étiquettes fait parti intégrante de notre langage, et je ne cesse pas de le dénoncer.

En effet, nous entendons couramment: elle est  (ou il est) alzheimer, c'est un ( ou une) schizophrène, c'est une anorexique, une boulimique etc...

Tout le monde le dit...y compris des médecins, des accompagnants, des écoutants...

Enfin non, pas tout le monde... En tous cas pas ceux qui ont  définitivement compris et intégré que l'identité d'une personne ne se résume pas à une pathologie.

 Il est terrifiant de penser, qu'un être humain, lequel est, de fait, Maillon de l'Humanité, en soit réduit à n'être qu'un alzheimer ou une boulimique.

Si nous sommes soignants et fiers de l'être, si nous avons de bonnes intentions vis a vis des personnes en souffrance, notre devoir est d'abandonner ces expressions enfermantes.

Car en effet, il y a une différence entre dire, "elle est alzheimer", et, c'est une "personne atteinte de la maladie d'alzheimer."

D'un côté nous identifions la personne à la maladie, et de l'autre nous préservons "son Moi".

 Alors certes...De dire d'une personne qu'elle est atteinte de la maladie d'Alzheimer, c'est plus long à formuler, et nous sommes pressés.

D'ailleurs, certains arguments mettent en évidence que ce ne sont "après tout", que des raccourcis de langage...

Oui oui... Comme les SDF... Les personnes sans domicile fixe ne sont plus que des SDF !
C'est sûrement plus rapide à dire, et surtout moins dérangeant!

Une autre façon de tirer vers le haut.
Il y a de cela quelques années j'avais écris un papier sur le concept de dignité. J'avais écris, que selon moi, sa propre dignité est vue avant tout, dans le regard de l'autre. Il en est le miroir.

 "Si malgré mon corps obèse, malgré mon esprit à la dérive, ou malgré  ma maigreur extrême, tu parles de moi en m'appelant par mon prénom, si tu me vois toujours comme une personne, avec un "Soi" intact... 
Alors... envers et contre tout, je ferai partie du monde des Humains, et jamais du monde de la pathologie dont je suis atteinte."

 

Lysiane 

 

 

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