Lysiane Panighini Praticienne Narrative

Modération et liberté.

11 mai 2014

Modération et liberté.

 Modération et liberté: une alliance à découvrir…

La société dans laquelle nous vivons tente à légitimer un accroissement de l'avoir. Nous vivons sous l'emprise d'une croissance quantitative délivrant une constante incitation à la démesure sous la forme du toujours plus.

Plus de nourriture, d'argent, de temps, de pouvoir…
Difficile de résister à cette espèce d'aspiration vers le bas…

 Oui... mais comment faire?

Peut-être tenter de se modérer.
 D'accord, mais la modération c'est quoi ce truc? 
 Serait-ce du "un peu"? Ou du "pas du tout"?

 En tant qu'ancienne fumeuse, j'ai cherché par tous les moyens de ralentir ma consommation de  tabac, pour ne fumer "que" les cigarettes qui me feraient vraiment plaisir! Quel leurre!
 Je n'ai jamais réussi! Je tenais 2 jours dans le meilleur des cas!
 Jusqu'au jour où résignée, j'ai jeté l'éponge et j'ai arrêté complètement!!

 A partir de ce genre d'exemple, mon point de vue est le suivant.
 Le "un peu" est un projet beaucoup plus audacieux que le "pas du tout" car en effet, l'un des  éléments principaux indispensables à celui-ci, est la conversion.

 C'est-à-dire le passage d'une attitude spontanée à une attitude réflexive.

 Or, ce passage est un acte de reprise intérieure, qu'il nous faut renouveler perpétuellement. Il  doit être réactivé, car très souvent nous pouvons êtres pris par l'habitude, la facilité, et la  pesanteur. 

 L'acte de conversion exige une présence d'esprit permanente et non pas un acte maîtrisé dans  l'instant et selon les circonstances.

 En un mot, parfois lorsque c'est vraiment trop difficile de faire "un peu" nous choisissons  "le pas  du tout"… Et ces réflexions me conduisent à établir un lien avec la question suivante:

 Modération et maîtrise, une sacrée mésalliance.

 En effet, dans la notion de maîtrise de soi, je devine comme une espèce de tension dont le moteur  serait une volonté un peu rigide et opportune.

 Pour cette raison, mon expérience me met face à une évidence: la capacité à la maîtrise est  toujours et forcément limitée dans le temps.

 De plus je perçois dans cet auto-contrôle, une espèce de conflit intérieur doublée de dualité, ce  qui me paraît en contradiction avec la notion de modération.

 En revanche, le"un peu" alias modération, offre davantage un sentiment  d'unité, d'accomplissement et de permanence.

 La modération ne freine pas, elle calme et assouplit.
 Elle plonge dans la réflexion avant l'action. Elle ne nous oblige pas, elle nous propose.
 Elle nous fait avancer pas à pas d'une allure constante à la fois sans ennui et sans cahot.

 Et la liberté dans tout cela?

Tant que la réflexion et le comportement seront dépendants de facteurs externes, la liberté se trouve très compromise. Cette affirmation trouve sa justification dans la Lapalissade  suivante: une réaction spontanée ne peut pas être une réaction circonspecte.

 Une réaction peut-être adaptée, opportune, mais seule la détermination réfléchie, assurée dans  le temps et le lieu de son impact, peut faire de l'Homme un être libre.

 Et je sens intimement, que parfois, lorsque j'ai le bon sens de mettre de la distance entre mes  sensations, les sollicitations externes, et mes propres comportements, je sais alors que la  modération s'est invitée à ma table de travail.

 Lorsque j'étais petite fille ou ado, et que je vivais une période difficile, mon père me disait  souvent:
 "L'heure est grave dépêchons nous d'attendre"

 L'attente, l'intervalle, l'espace, sont des portes d'entrée du vestibule de l'action calme et  apaisante.

 Un peu comme le petit instant d'éternité, le moment de silence et de vide entre l'inspiration et  l'expiration.

 Sauf que…les choses ne sont vraiment pas aussi simples!

Lysiane


Tableau: Huile sur toile "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme" LP

Nous sommes tous des "Alfred Hitchcock " On m'appelle Boulimique !