Lysiane Panighini Praticienne Narrative

Nous sommes tous des "Alfred Hitchcock "

11 mai 2014

Nous sommes tous des "Alfred  Hitchcock "

 Lorsqu'il y a conflit entre le réel et l'imaginaire, l'imaginaire gagne toujours…



Nous sommes tous des "Alfred Hitchcock"

Cette histoire vraie se déroule au début des années soixante. Mon père attend le retour de ma mère, laquelle est allée à son cours hebdomadaire d'anglais.
-Il est 21h se dit-il, elle ne va pas tarder à rentrer. Je  vais mettre la table et faire chauffer le potage.
Vingt minutes après, la soupe bout dans la casserole et ma mère n'est pas là.
Mon père, il faut le savoir, n'était pas d'un naturel anxieux. Plutôt du genre positif et optimiste.
Pourtant ce soir là, allez savoir pourquoi, il s'inquiète.
-Comment se fait il qu'elle ne soit pas là ? Que se passe t-il ?

Dans un premier temps, il pense à un problème de métro…ensuite il  se dit qu'au fond ce n'est pas prudent que de la laisser rentrer seule à cette heure là. Il n'y  avait jamais vraiment pensé, mais une agression est toujours possible…

 Le temps  passe et toujours personne…
 Si ça se trouve elle a eu un malaise… oui peut être un malaise… elle est très fatiguée en ce  moment…
 Enfin bon… on m'aurait prévenu…oui mais…si ça se trouve elle n'a pas ses papiers sur elle…
 Les minutes passent vite et ma mère n'est toujours pas de retour.
 Mon père écoute les bruits, tous les bruits…il entend des pas dans l'escalier… la voilà! Non ce  n'est pas elle…
 22 h
 Il met le nez à la fenêtre.
 Dans la rue, une ambulance passe, roulant à toute vitesse avec gyrophare et sirène hurlante…
 -Renversée, oui c'est ça ! Elle a été renversée près d'ici… mais bon sang qu'est ce que je peux  faire ? Il faut que je sache, je vais appeler la police…
 Il décroche le téléphone.
 Soudain…Un bruit de clé dans la serrure, la porte d'entrée s'ouvre, et souriante, mère  apparaît.
 -Mais enfin? Qu'est ce qui s'est passé hurle mon père, au paroxysme de l'angoisse.
 - Comment ça ? Mais rien, je reviens de mon cours tu avais oublié ?
 -Mais tu as vu l'heure qu'il est?
 Et mon père, regarde l'heure en montrant sa montre du doigt.
 Il était 21h. Il s'était trompé d'une heure…

 Est ce qu'un jour, vous aussi vous avez été en proie à des pensées anxieuses non fondée,  mais tellement réaliste dans leur écriture, que vous en avez presque perdu les pédales?
 Si vous avez la grande chance de répondre par la négative, vous pouvez passez votre chemin et  ouvrir un bon bouquin.
 Si vous répondez positivement à cette question, cet article peut vous concerner.

 Pour savoir de quoi nous parlons.

Nous sommes tous des "Alfred Hitchcock" D'un point de vue psychologique, la peur, l'anxiété et l'angoisse désignent trois réalités distinctes.
La peur est une émotion forte et intense et trouvée en présence  d'une menace réelle et immédiate. Elle est à l'origine d'un système qui détecte les dangers et produit des réponses qui augmentent nos chances de survie face à cette situation dangereuse. Autrement dit, elle met en branle une séquence comportementale défensive.

 L'anxiété est une émotion vague et déplaisante qui traduit de l'appréhension, de la détresse, une crainte diffuse et sans objet.

Elle peut être produite par diverses situations : une surabondance d'informations qu'on ne parvient pas à traiter, le manque d'informations qui nous fait sentir impuissants, des événements imprévisibles incontrôlable dans notre vie, le sentiment de ne pas  pouvoir faire face à une situation, etc…

 L'anxiété peut aussi résulter, et cela est proprement humain, de la construction imaginaire de  vicissitude qui n'existe pas mais qui est redoutée.

 Bien qu'elles aient une origine linguistique commune ( angh de racine indo-européenne, signifie s  serrer, comprimer)  l'anxiété se différencie de l'angoisse par l'absence de modifications  physiologiques (sensation d'étouffement, sueur, accélération du pouls) qui ne manquent jamais  dans l'angoisse.

 En effet, l'angoisse se caractérise par l'intensité du malaise psychique ressenti qui résulte  d'une extrême inquiétude, d'un danger vague mais imminent devant lesquels on serait  désarmés et impuissants.

 Mon père et la scénariste d'un soir: l'anxiété.

  Nous le savons maintenant, ce qui a été vécu par mon père n'est pas de la peur.  
 Il n'a pas été confronté à un bandit et encore moins à un ours. ( Dans le 10ème arrondissement  de Paris c'est rare).
 Non.
 Il a été confronté à un scénario de première qualité, écrit par "la dame anxiété".
 D'une manière plus générale, que ce passe t-il?
 Tout d'abord il y a la "petite inquiétude" flottante, presque imperceptible, celle qui ne fait pas  de bruit…
 Elle n'est pas bien méchante  mais elle est là.
 Mais il faut savoir, que Dame anxiété n'est jamais très loin, tapie dans l'ombre,  attendant le  bon moment pour entrer en scène et imposer son scénario "Hitchcockien".
 Mais qu'attend-elle au fait?
 En fait presque rien.
 Juste la petite question sans réponse laquelle est dans notre exemple: "comment se fait-il  qu'elle ne soit pas encore là ?"
 Et Dame anxiété profite de cet espace vide pour s'incruster et commencer à écrire…
 Souvent cela ne lui convient pas, alors elle effaçe tout et recommence pour frapper encore  plus fort.
 Parfois même Dame Raison essaye de s'immiser en disant de sa voix fluette " peut être que là  tu exagères un peu non?"

 Que neni ! Par son imagination débordante, Dame Anxiété balaye tout sur son passage. Elle  invente des effets spéciaux, met des couleurs, des bruits, des ambiances inquiétantes… Elle se  nourrit d'adrénaline, et n'en a jamais assez.

 C'est alors que prise dans une frénésie d'écriture son oeuvre peut lui échapper complètement.  Du coup, elle doit céder la place à beaucoup plus fort qu'elle, j'ai nommé la "Reine Angoisse".

 C'est à ce moment là que le mari appelle pour dire qu'il est à 5 mns de la maison, ou que le  radiologue dit " tout va bien madame vous n'avez rien !!"

 Il suffirait de presque rien.

 De voir l'anxiété comme étant un scénario permet de mettre de la distance entre elle et nous  et il devient alors possible de déjouer ses plans. 
 Oui, car au fond Dame anxiété à beau être la reine des scénaristes, elle n'est quand même pas  bien maligne.
 En effet vous remarquerez l'écriture commence le plus souvent par ET SI ÇA SE TROUVE…
 Il suffirait juste d'être attentif à l'écriture de cette première phrase " ET SI ÇA SE  TROUVE", de lui dire bon, ok je t'ai reconnue et tu ne m'auras pas, alors va chercher un autre   public…

 Essayez vous verrez.
 C'est comme la randonnée, au début c'est dur, mais plus on pratique, plus on est performants !
Lysiane

Les violences sexuelles et la Pratique Narrative Modération et liberté.